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Les Dossiers de l'Écran
Extraits de l'émission Les dossiers de l'écran du 30 août 1967

Alain Jérome : Mesdames Mesdemoiselles Messieurs bonsoir. Eh bien je crois que les vacances sont terminées ou en train de se terminer puisque nous sommes ce soir le 30 août. Et vous allez maintenant reprendre le chemin du bureau, le chemin de vos occupations quotidiennes celles qui vous tiennent occupées toute l'année. Et vous allez de nouveau vous retrouvez confronter avec un certain nombre de problèmes. Et parmi ceux-ci, celui, peut-être très important pour un certain nombre d'entre vous, celui de la femme de ménage et de la bonne à tout faire. Et les rapports qui peuvent exister entre employées de maison et patrons donnent parfois lieu à des situations cocasses comme nous allons le voir tout à l'heure dans le film "Papa, maman, la bonne et moi". Comme nous avons l'habitude de le faire dans les "dossiers en vacances", nous avons invité un certain nombre de personnes ici qui sont toutes à des titres divers concernées par ses rapports employés de maison-patrons et ces invités je vais demander à Christine Fabrega de bien vouloir les présenter tout de suite.

Christine Fabrega : Tout d'abord Philippe Bouvard. Journaliste bien connu, chroniqueur au Figaro et auteur d'un livre intitulé "Madame n'est pas servie". C'est d'ailleurs à ce titre, Philippe Bouvard, que vous êtes parmi nous ce soir.

Alain Jérome : Il est très sérieux Bouvard.

Philippe Bouvard : Provisoirement, provisoirement.

Christine Fabrega : Mademoiselle Loli Toma. Employée de maison espagnole. Paulette Dubost que nos amis téléspectateurs connaissent bien parce que je crois que vous avez joué beaucoup de pièces à la télévision, Paulette. Et que au cours de votre longue et brillante carrière vous avez interprété de très nombreux rôles de soubrette.

Paulette Dubost : Oui beaucoup beaucoup. Ça, là-dessus j'en connais un bout, croyez-moi.

Christine Fabrega : Et puis à ma gauche Mme Bajemes qui est secrétaire du syndicat des employées de maison.

Alain Jérome : Voilà. Et bien tout de suite sans plus attendre nous allons regarder ensemble le film "Papa, maman, la bonne et moi".

LE FILM

Alain Jérome : Et voilà. Ils vécurent très longtemps et eurent beaucoup d'enfants. Mais je me demande quand même si dans la réalité il arrive souvent qu'un patron épouse sa bonne. Mais avant d'aller plus loin je voudrais savoir si Mme Bajemes nous permet d'employer le mot bonne et si elle ne considère pas que c'est un terme péjoratif.

Mme Bajemes : Oui je vous dirai qu'en effet le nom de bonne est périmé pour cette profession car il y avait trop souvent le nom de bonniche qui était donné pour cette employée. Maintenant elle s'appelle employée de maison et ça leur plaît beaucoup mieux.

Alain Jérome : Est-ce qu'il arrive que les employées de maison épousent leur patron ?

Mme Bajemes : Ça arrive des fois. Et bien souvent nous avons des cas que c'est le jeune homme de la maison qui va retrouver l'employée de maison au 6ème étage…

Alain Jérome : Allons allons allons…

Mme Bajemes : Mais si. Ça arrive assez souvent. Ce n'est pas parce que l'employée de maison est plus facile que dans d'autres professions. Y a des enfants aussi qui naissent. De ces choses-là. Et lorsque l'on sait que l'employée est enceinte, bien souvent on la renvoie. On a accepté que le jeune homme passe quelques nuits avec l'employée.

Alain Jérome : Philippe Bouvard a écrit un livre qui s'appelle "Madame n'est pas servie".

Philippe Bouvard : Oui. Dans lequel j'évoquais les amours ancillaires. Parce que c'est quand même une partie, bien que ce soit une partie ressortissant au chapitre des heures supplémentaires, je crois Madame, une partie non négligeable. A la fois pour l'employée et je crois pour l'employeur ou le fils d'employeur puisque dans le fond ça permet le contact entre deux groupes sociaux qui sont parfois antagonistes. Mais là vous faisiez surtout appel au mariage que je qualifierai d'inclination. Or il y a des mariages d'intérêt qui sont déterminés précisément par l'aggravation de la conjoncture ancillaire. Et il est certain qu'aujourd'hui si on veut garder une domestique, le meilleur moyen c'est, je pense, de l'épouser.

Alain Jérome : C'est très drôle, Bouvard. Vous aurez le premier prix. Paulette Dubost, vous applaudissez…

Paulette Dubost : Oui parce que moi vraiment, ça ne m'est jamais arrivé et pourtant j'ai tourné beaucoup de rôle de bonniche comme disait cette charmante dame.

Alain Jérome : Ça ne vous choquez pas qu'on vous appelle bonniche ?

Paulette Dubost : Pas du tout. Parce qu'il y a le mot bonne qui est dedans… Mais moi je n'ai jamais été épousé. On me pelotait. Ça était beaucoup plus le patron que les fils de patron. Quant au mariage tin tin les plumettes ! Jamais. Je ne me souviens pas avoir été épousée. Mais de toute façon dans tous les emplois de bonne… je préférais faire les emplois de bonne pour faire le ménage que pour détruire le ménage c'est-à-dire être la vamp' qui détruisait le ménage. Et dans un film 'Le bébé de l'escadron", j'étais enceinte de je ne savais pas qui et mon patron avait dû mettre tout le régiment à ma portée pour que j'essaye de retrouver le père de mon enfant. Et je passais en revue tout le régiment pour essayer de savoir quel était le gars qui était venu le soir dans ma chambre, vous voyez. Il devait pas faire très clair. J'étais très émue. Mais en tout cas le métier de bonne a beaucoup d'avantages, vous savez, parce que dans la vie moi je sais faire le ménage. Rien ne me rebute et j'adore faire la vaisselle d'ailleurs. Ça ne me dérange pas du tout.

Alain Jérome : On va demander à Mlle Loli Toma qui est espagnole, qui travaille en France depuis deux ans et demi comme bonne à tout faire si elle trouve elle aussi que le métier a beaucoup d'avantages.

Loli Toma : Euh…

Paulette Dubost : Ben en tout cas ! Ecoutez, moi y a une chose, je n'ai jamais eu de bijoux. Et Mademoiselle est couverte de diamants. Alors ça alors, moi j'ai très envie… vous allez m'indiquer les places où vous êtes passée. Regardez, elle est pleine de joyaux.

Christine Fabrega : Je crois que Mademoiselle n'a pas bien compris votre question.

Loli Toma : Non.

Alain Jérome : Je précise que vous êtes espagnole. Je vais reprendre ma question. Paulette Dubost disait ici que le métier que vous faites présente d'énormes avantages parce qu'on apprend à faire le ménage, la cuisine, tout ça…

Loli Toma : Oui…

Alain Jérome : Comment ça se passe avec votre patronne ?

Loli Toma : Y en a qui sont gentilles. Y en a qui sont méchantes.

Paulette Dubost : Si elle sait pas faire quelque chose, elle doit leur danser un petit… olé…

Alain Jérome : Christine Fabrega, vous avez une femme de ménage. Comment ça se passe ? Quels sont vos rapports avec ?

Christine Fabrega : Oh moi ça se passe très bien. D'abord je dois vous dire une chose, c'est que j'ai beaucoup d'admiration pour elle parce que tout ce qu'elle peut faire dans une journée… C'est elle qui s'occupe entièrement de ma maison. D'ailleurs je ne dis jamais en parlant d'elle que c'est ma bonne ou femme de ménage, pour moi c'est une gouvernante parce que je pense que c'est vraiment le terme exact, pour ce cas-là tout au moins. C'est-à-dire que c'est elle qui s'occupe de la maison, vraiment de tout ce qu'il faut pour la nourriture, pour le ménage. Je me repose entièrement sur elle et je dois dire que par moment je ne l'envie pas du tout parce qu'au fond elle est tout de même obligée de subir quelques fois la mauvaise humeur, les énervements. Quand on dit au dernier moment : il faut rajouter deux couverts. Eh bien qui en supporte les conséquences ? C'est elle forcément. Elle le fait avec beaucoup de gentillesse et de sourires et je trouve que c'est un métier où il faut nécessairement une grande estime, d'abord, d'employeur envers l'employée et puis beaucoup de confiance mutuelle. Il faut qu'une gouvernante soit quelqu'un qui fasse partie de la famille. Je pense que ça ne peut pas être bien si ça n'est pas comme ça. Il faut vraiment que ce soit quelqu'un devant qui on ne se cache pas de certaines choses, devant qui on ne ferme pas ses tiroirs. Et puis, mon dieu, alors voilà, ça devient quelque chose de très agréable. Vous croyez pas, Paulette ?

Paulette Dubost : Ah oui oui.

Philippe Bouvard : Je crois que d'une façon plaisante et optimiste, qui est dans votre tempérament d'ailleurs, puisque vous avez réussi à substituer des problèmes de gouvernement aux problèmes domestiques par une espèce de jeu de mots très subtil, vous avez mis le doigt sur ce qui fait en quelque sorte le malentendu des rapports domestique-patron. Parce que vous savez, c'est quand même fondé sur un énorme malentendu à savoir qu'on fait vivre sous le même toit des gens de standing différent. Alors s'il n'y avait pas de frictions, ce serait quand même à désespérer de la personnalité humaine. Je trouve que dans le fond c'est un bon exercice. Et j'en arrive à croire que le film qu'on vient de voir ce soir n'est pas promis à un avenir énorme ou alors il sera bientôt considéré comme un documentaire. J'imagine qu'en l'an deux mille, quand nos petits-enfants le verront, évidemment l'amoureux ça ne leur dira pas grand chose mais la question qui leur viendra tout de suite aux lèvres ça sera : mais papa qu'est-ce que c'est qu'une bonne à tout faire ? Car il est certain qu'il n'y en aura plus du tout à ce moment-là.

Alain Jérome : Comment fait-on lorsqu'on veut trouver un ou une employée de maison ?

Mme Bajemes : Oh c'est très difficile parce que… des employées de maison on a énormément de difficultés à en trouver et bien souvent c'est par les commerçants ou par les petites annonces et alors…

Alain Jérome : Christine comment vous faites quand vous cherchez ?

Christine Fabrega : Quand j'ai cherché, je me suis adressée à une agence…

Alain Jérome : Non mais ce qui m'intéresse c'est le contact, le premier contact entre vous et l'employée. On sonne à la porte, vous allez ouvrir… Et alors la demoiselle ou la dame se présente et dit : je viens pour la place.

Christine Fabrega : Eh bien oui, ça c'est une question qu'on ne peut pas expliquer. On a de la sympathie immédiate pour quelqu'un ou on en n'a pas. On se dit euh… d'abord on parle évidemment avec cette personne. On lui demande ce qu'elle a fait. On lui demande ce qu'elle a envie de faire. Comment elle entend organiser son travail. On lui dit ce qu'on attend d'elle. Et puis mon dieu si on est d'accord l'une et l'autre, y a là une question de sympathie qui joue.

Philippe Bouvard : Là y a un point que Christine Fabregas dans son optimisme incoercible a négligé, c'est l'autre partie de l'examen. C'est-à-dire les questions que la candidate à une place vous pose en disant : "A quelle heure vous vous levez le matin ? Est-ce que vous recevez beaucoup ? Est-ce que Monsieur rentre dîner à l'heure tous les soirs ?" Alors tout de suite vous comprenez et ça a été quand même transformé par l'évolution de la loi de l'offre et de la demande. Ce qui est normal.

Alain Jérome : Maintenant on choisit sa place ?

Philippe Bouvard : On choisit sa place et c'est normal puisque en démocratie…

Christine Fabrega : Comme dans tous les autres métiers. Quand une secrétaire vient demander une place, elle demande quelles sont les heures de…

Philippe Bouvard : Ça va beaucoup plus loin d'ailleurs puisque moi j'ai vu des candidats ou des candidates arriver et demander à visiter de fond en comble avant de prendre une décision. Je me souviens, un jour, j'ai vu arriver un brave couple et alors ils ont visité. Ma foi, ça leur plaisait. Seulement ils avaient une automobile. Alors on s'est dit : bon, l'automobile, d'accord, on la mettra dans un coin du jardin. Le patron a l'esprit large et puis enfin faut marcher avec son temps. Puis après elle m'a dit : "Oui mais vous donnez deux pièces pour… c'est peut-être un peu juste." Parce que elle était avec son mari. Bon ça a l'air d'un couple normal. Deux pièces, bon… c'est pas Versailles mais enfin on peut se caser. "Ben mais enfin oui mais vous savez nous avons nos trois enfants." Bon, moi j'aime bien les enfants, il faut avoir le courage de ses opinions. Alors je dis : "ben oui les trois enfants, qu'est-ce que vous voulez, on peut les mettre dans la petite pièce." Ben elle me dit : "oui mais enfin vous savez le grand il a 27 ans." Bon.

Alain Jérome : Ce n'est pas vrai cette histoire.

Philippe Bouvard : Je vous assure. Je n'exagère pas. On était prêt à s'accorder quand elle me dit : mais vous-mêmes est-ce que vous avez des enfants ? Ben je dis : oui, j'ai deux petites filles. Ah, elle dit, ça s'est embêtant. Et pourquoi ? vous n'aimez pas les enfants ? Ah ben si, moi j'aime bien mais on a un chien loup qui est quand même assez méchant. Alors elle nous conseillait de mettre les filles en pension. Finalement mon amour des animaux et des employés de maison, il faut bien le dire, ne l'a pas emporté. On n'a pas fait l'affaire ce jour-là.

Christine Fabrega : C'est une histoire qui nous paraît…

Philippe Bouvard : Je pourrais vous raconter l'histoire de la domestique… je ne sais pas de quelle nationalité elle était mais elle était pleine de bonne volonté. Nous sommes rentrés un soir, elle avait coupé les franges d'un tapis d'orient parce que ça faisait plus propre. C'est pas mal non plus ça.

Alain Jérome : Quand vous choisissez une place. Quand vous arrivez dans une maison, mademoiselle… vous comprenez bien ce que je dis.

Loli Toma : Oui oui.

Alain Jérome : Quand vous arrivez dans une maison et quand vous avez un premier contact. Supposons que vous arriviez chez Mme Fabrega, qu'est-ce que vous faites ? Quelles sont les questions que vous posez ?

Loli Toma : …

Christine Fabrega : Qu'est-ce qui vous importe le plus ? Est-ce la façon dont vous serez logée ou si c'est le travail que vous aurez à faire ? Les gages ?

Mme Bajemes : Oui tout de suite.

Loli Toma : Oui.

Christine Fabrega : Bien sûr les gages. Mais après les gages ?
C'est combien de personnes il y a dans la maison ?

Loli Toma : Non.

Alain Jérome : Si on vous dit qu'il y en a 15, ça vous ennuie un petit peu quand même.

Loli Toma : Oui.

Mme Bajemes : Il y a aussi l'employeur qui ne dit pas toujours tout le personnel, toute la personnalité qui est dans la maison. Vous avez des employeurs qui disent à l'employée qui se présente : nous sommes un couple c'est tout. Et en réalité il y a des réceptions tous les soirs. Ils sont une dizaine tous les soirs à table. Alors naturellement ce ne sont pas des enfants, c'est d'accord. Et alors il y a aussi cette chose que pour les week-end… ça aussi ça arrive très souvent… pour les week-end on emmène l'employée de maison pour aller à la campagne. Et alors y a moins de facilités de travail à la campagne qu'à Paris où nous avons tout de même le frigidaire et tout. A la campagne, y a pas toujours ça.

Philippe Bouvard : Le rêve, si je vous comprends bien chère Madame, ce serait d'être employé par un ménage qui aurait très mauvais caractère donc pas d'amis du tout, et qui n'aurait pas les moyens de se payer une maison de campagne.

Alain Jérome : Mme Bajemes, est-ce que vous connaissez vous personnellement des employées de maison qui sont devenues à leur tour des employeurs ?

Mme Bajemes : Oui.

Alain Jérome : Alors comment ça se passe ?

Mme Bajemes : Ah ben en principe vous savez, c'est comme pour toutes les professions. Un ouvrier qui devient patron, c'est un peu plus difficile qu'un patron lui-même. Faut être franc, faut le dire. Et l'employée de maison qui devient employeur, eh bien malgré tout elle connaît toutes les ficelles de la profession par conséquent elle est moins facile à se laisser tourner d'une façon ou d'une autre.

Alain Jérome : Paulette Dubost, vous avez joué, on l'a vu tout-à-l'heure, un certain nombre de fois le rôle de soubrette. Comment vous vous comportez avec les… ?

Paulette Dubost : Je vais vous dire. Je suis très bien placée pour vous le dire maintenant parce que depuis que je fais les rôles de belle-mère eh bien maintenant j'ai la chance d'être servie. J'ai mes gens. Ça me change et je suis très gentille avec les domestiques dans les films et même dans la vie.

Alain Jérome : Non mais on parlait surtout des employées de maison, maison.

Paulette Dubost : Mais être employée, domestique dans une bonne maison et mon dieu il y en a. Eh bien je crois que les patrons font très souvent tout ce qu'ils peuvent : ils donnent des robes, ils emmènent au spectacle et tout ça.

Mme Bajemes : C'est pas la meilleure des choses, voyez-vous.

Paulette Dubost : Oh, taratata. Je vous assure que moi je serai rudement contente que une patronne qui va chez Lanvin ou dans les grandes maisons m'habille. Je serai très contente. J'ai toujours été lésée dans ce domaine puisque j'étais soubrette, bonniche et cuisinière et que j'ai jamais pu garder mes fringues puisque justement… Ma fille, on l'avait interviewée étant jeune : "Tu feras du cinéma, Christiane ? Oh oui mais moi je veux des belles robes." parce que elle m'avait toujours vue en tablier. Vraiment en chienlit quoi. Mais je vous assure qu'il y a des patronnes qui donnent des robes et des patrons qui habillent des valets de chambre. Ils sont très bien fringués. Ça c'est un avantage énorme. Même… regardez les bijoux de mademoiselle, c'est pas croyable, je suis éblouie… Mais en tout cas moi maintenant je peux vous dire que d'être domestique eh bien c'est le rêve. Parce que on touche d'abord…

Philippe Bouvard : Au cinéma vous voulez dire ?

Paulette Dubost : Comment ? Non non dans la vie. Si vous tombez dans une bonne maison, vous avez votre mois en entier. Vous pouvez me citer une profession dans laquelle vous avez votre mois en entier, vous êtes logée, choyée et vous pouvez garder tous vos pesetas ?

Philippe Bouvard : Vous pouvez pas m'en citer une autre qui soit plus en contradiction avec l'évolution du monde moderne. Y en a pas une où la tradition, finalement, soit plus cruelle et plus lourde…

Paulette Dubost : Alors là je vois vraiment pas de la cruauté dans ce métier.

Christine Fabrega : Et les horaires aussi. Il y a la question des horaires et je crois qu'il y a pas un métier où les horaires sont si grands.

Philippe Bouvard : …dans le sens même de la fonction. Dans une société qui prône l'égalité à tous les échelons.

Paulette Dubost : Ça prouve que j'ai des amis qui sont très gentils avec leurs domestiques parce que moi j'ai dit souvent à des domestiques : "Eh bien dites donc vous en avez une chouette cuisine. Et puis bien à l'air, bien aérée." Et puis des commodités comme on en n'avait pas dans le temps.

Mme Bajemes : Vous voyez que les bons côtés, y a pas que…

Paulette Dubost : Ah mais d'ailleurs, Madame, je ne vois jamais que le bon côté partout.

Mme Bajemes : Mais malheureusement ça n'existe pas toujours pour tous.

Paulette Dubost : Vous croyez ?

Mme Bajemes : Oh mais non. Y a encore des logements où…

Paulette Dubost : Ah mais ceux-là n'ont pas de domestiques.

Mme Bajemes : Mais si. Il y a des employées de maison partout. Aussi bien dans les maisons modernes que dans les anciennes maisons.

Paulette Dubost : Il faut s'arranger. Nous chez nous, par exemple, nous avons une machine à laver. Germaine n'a jamais voulu s'en servir. Elle aime mieux laver le linge comme ça.

Mme Bajemes : L'employée de maison préfère avoir la machine à laver que faire sa lessive elle-même.

Paulette Dubost : Faut dire que nous avons Germaine depuis 45 ans…

Mme Bajemes : Ah ben voilà. Faut voir l'employée de maison de 67 et les employées de maison il y a 30 ans. Ce ne sont plus les mêmes.

Alain Jérome : Il nous faut un arbitre. Bouvard.

Philippe Bouvard : Mais moi je crois qu'on peut aller plus loin. Je crois que dans quelques années, on aura toujours la machine à laver, elle sera peut-être un peu plus complexe, mais on n'aura plus la personne pour la surveiller ou pour la faire marcher. Ce qui va régler complètement le problème. Elles seront toutes à l'Olympia, je pense.

Christine Fabrega : Il y a aussi une question de logement qui est très importante. Car tout de même il faut bien le dire, je pense que c'était assez honteux de voir dans de très beaux immeubles du 16ème arrondissement des chambres de bonne au 7ème étage sans eau la plupart du temps, sans chauffage…

Philippe Bouvard : Et sans ascenseur. Ce qui fatiguait le patron lorsqu'il montait le soir.

Christine Fabrega : Je pense que ça c'est tout de même un élément qui a fait que beaucoup de gens se sont dits "enfin c'est vraiment inhumain de…" et qui n'ont pas voulu faire ce métier.

Mme Bajemes : Et si il y a encore des employées de maison, c'est parce qu'elles sont logées. Elles viennent de province et c'est pour ça.

Christine Fabrega : Et logées dans des conditions convenables.

Mme Bajemes : Maintenant. Dans certains endroits elles sont bien logées. Mais y a encore des endroits où elles ne sont pas encore bien. C'est encore un grabat ou alors, par exemple beaucoup chez des médecins, l'employée de maison est logée dans la salle de réception. Alors là, il y a eu des malades toute la journée qui ont eu… enfin toute l'après-midi, qui ont attendu leur tour et l'employée de maison couche sur… dans cette chambre où y a pas… ça n'a pas été aéré l'hiver parce que il fait très froid.

Alain Jérome : Bon Bouvard, on va terminer cette émission maintenant. Je voudrais vous poser chacun à tour de rôle la question suivante : est-ce que vous êtes content ou contente ? Christine Fabrega, vous avez une employée de maison, est-ce que vous êtes contente ?

Christine Fabrega : Ah oui. Moi j'en suis ravie, enchantée et pour rien au monde je ne voudrais m'en séparer.

Alain Jérome : Mme Bajemes, vous, vous placez des gens de maison, est-ce qu'elles sont contentes ?

Mme Bajemes : Oh il y a encore fort à faire dans la profession. Et comme disait tout-à-l'heure Monsieur Bouvard, y aura plus d'employées de maison parce qu'on se modernise de plus en plus dans les machines. Il y aura toujours des employées de maison parce que les enfants on ne peut pas les mettre dans les machines pour les élever.

Alain Jérome : Paulette Dubost, vous êtes contente ?

Paulette Dubost : Ah oui très. 45 ans, elle fait partie de la famille et c'est une perle. Elle est très connue d'ailleurs par tous les amis. Tout le monde a voulu nous la faucher. Depuis 45 ans tout le monde dit "Ah si on pouvait avoir Germaine." Ça c'est vraiment merveilleux.

Alain Jérome : Mademoiselle, est-ce que vous êtes contente de la maison dans laquelle vous travaillez ?

Loli Toma : Oui très contente.

Alain Jérome : Pas de reproches du tout. Ça c'est merveilleux.

Christine Fabrega : Mais vous espérez quand même pas y rester 45 ans ?

Loli Toma : Oh non. Bien sûr que non.

Paulette Dubost : On dit ça au début.

Alain Jérome : Bouvard, vous, êtes-vous aussi satisfait des services ?

Philippe Bouvard : Oh oui moi je suis très satisfait. Et s'il m'est permis de former un vœux ici : eh ben j'espère qu'ils me garderont très longtemps encore.

Alain Jérome : Bon, eh bien j'espère que nous n'avons pas susciter de nouvelles querelles entre patrons et employées de maison. J'espère que cette émission vous a apporté peut-être quelques éléments d'informations. En tout cas Paulette Dubost a trouvé une nouvelle voie, une nouvelle vocation…

Paulette Dubost : Ah oui oui ça y est, je suis casée…

Alain Jérome : C'est fait, c'est réglé, c'est au moins un résultat. Je vous souhaite maintenant une bonne nuit, une bonne soirée et rendez-vous donc mercredi prochain pour un autre "dossiers en vacances".
Bonsoir.