d'un versant à l'autre

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Mathilde
Extrait de l’histoire de Mathilde, par elle-même

Mathilde :« …Tu n’as pas connu, moi ce que j’appelle la fraternité, à Valence ? Non, tu n’as pas connu ça… »
« …À Barcelone on y est allé dernièrement, je leur ai montré le café où je buvais de la bière, on mangeait des frites. On allait au music-hall. Ils connaissaient beaucoup de copains, moi j’avais l’impression que c’était toujours une ambiance de fête. A Barcelone on ne sentait rien ou si, des fois… il y avait des rues qu’il fallait traverser en vitesse, parce que les anarchistes criaient : on ne passe pas. Et puis là, j’allais au cinéma. Ma mère payait une dame pour que je ne traîne pas dans la rue pendant qu’elle allait travailler et cette dame m’emmenait au cinéma…

André : «…Mais à Barcelone tu as toujours été dans la rue.»

Mathilde : «D’ailleurs pour m’attraper il fallait se lever de bonne heure. Et j’ai vécu beaucoup plus intensément près de mes parents. Vous, vous avez eu un autre genre de vie avec le père qui…»

André : «J’ai toujours été près de ma mère, de mon père non.»

Guillaume : «Vous étiez toujours à l’attendre ?»

André :«Toujours et puis même des fois il ne fallait pas qu’il vienne. A Madrid dans les débuts, les flics la plupart du temps ils venaient 2 fois par semaine à la maison. Alors il valait mieux qu’il ne vienne pas.»

Mathilde :«…Ah je sais pourquoi je vous disais tout ça. C’est pour en revenir au fait que tout à l’heure je vous disais que pour moi c’était la liberté. Je pense que ma mère du fait qu’elle a connu le bonheur avec mon beau-père, Esteban. Je me souviens de les avoir vus dans le lit. Je les ai vus heureux et j’allais dans le lit avec eux, et c’étaient des rigolades, des embrassades qui peut-être ne s’étaient pas produites avec mon père. Je pense que ma mère elle a dû ressentir cette liberté qui était quand même étonnante en Espagne de pouvoir vivre avec un homme qui n’était pas son mari. Peut-être que cette liberté que elle, elle a eu, elle a dû me la transmettre.

André : «Estéban il était super. C’était un andalou, amateur de flamenco. Il connaissait toutes les vedettes de l’époque, de Séville et tout ça…»

Mathilde : «On pense qu’il a dû connaître Federico Garcia Lorca… Donc ma mère elle a dû découvrir quelque chose…d’une ouverture, le fait d’aller au cinéma. Alors c’était à moi, c’était ma République, c’était moi… J’ai dû avoir une enfance plus libérale. Toi ton père c’était le parti, c’étaient les camarades, la clandestinité… Mon père, lui il me parlait des 3 mousquetaires, il me parlait de Victor Hugo, les misérables. Son père il lui a jamais parlé; donc c’était un autre monde plus libéral, plus ouvert, moins sectaire.»

«Avec ma mère on est retournée en Espagne jusqu’en 47 et bien plus tard quand je racontais ma vie et que je disais : j’ai été en Espagne fin 43, on me disait : t’es une fasco. Eh oh… parce que t’as reconnu l’Espagne. Je n’ai rien reconnu du tout moi. Tout de suite j’étais fasco parce que j’étais retournée en Espagne, c’était du sectarisme… »