du côté de la peinture

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La Règle du Je
texte critique écrit par Christian SKIMAO autour du film "Du Côté De La Peinture"

La sortie d’un film sur un artiste pose toujours un challenge de taille, celui de rendre compte du travail plastique tout en apportant une vision cinématographique personnelle.
Pari réussi pour Guillaume Mazeline, cinéaste parisien qui compte plusieurs documentaires à son actif, mettant en scène l’Histoire (celle des livres) et les histoires (celle des gens), qui réalise ici une œuvre consacrée au travail pictural de Françoise Deverre, sous le titre Du côté de la Peinture.
Celle-ci décline depuis près de vingt ans la notion de polyptyque au travers de toiles libres qui sollicitent le regard, entre association ou confrontation. Ces rencontres croisées de turbulences graphiques et de plages colorées abstraites créent ainsi un nouvel espace, le sien.
La problématique du polyptyque repose à la fois sur la juxtaposition mais aussi le léger espace existant entre deux lés de peinture. Cette distance, absolue, et somme toute infranchissable, servirait ici de métaphore pour définir la relation existant entre le résultat filmé et son sujet, la peinture.

Un questionnement apparaît de suite en ce qui concerne la notion de vraisemblance dans cette réalisation : en effet sommes nous en présence d’un documentaire sur une approche artistique ou d’une scénarisation de l’acte même du faire ? Françoise Deverre se trouve-t-elle être l’artiste qui réalise une toile ou bien mime-t-elle les gestes essentiels qui permettront au spectateur de mieux comprendre le processus complexe de la création ? La possibilité donnée de saisir l’impalpable moment où la matière se trouve, non pas domptée mais magnifiée, ouvre sur de nouvelles perceptions.
Ne faut-il pas alors pour le cinéaste « trahir » son sujet afin de faire passer la part « magique » de l’acte créateur ? Car l’artiste en train de peindre sait qu’elle acte devant un autre œil. On quitte donc le domaine de l’intime pour passer en apparence dans celui du spectacle. L’intime se dévoile devant l’Autre.
Et quelle position que celle du spectateur, troisième protagoniste et véritable voyeur de cette mise en scène qui essaye de démêler le faux du vrai, le paraître du vécu, à la fois fasciné et questionnant par rapport à cette succession de plans qui prouve que réalité et fiction se diluent en une troisième voie. Où donc se trouve la vérité en art ? On pourrait y répondre en citant Hegel : « L’art est ce qui révèle à la conscience la vérité sous forme sensible. »

Les images qui bougent ont pour but de fixer une succession d’instants donnés, leur montage crée un effet narratif, l’ensemble aboutissant à une œuvre nouvelle signée Guillaume Mazeline. Il lui faut donc dépasser les clivages de genre inhérents au medium cinéma (documentaire, fiction, etc.) pour aboutir à une proposition tenant compte d’une immédiate reconnaissance pour plonger dans des territoires plus mouvants où les images mobiles et immobiles, ne se trouvent plus en opposition mais entretiennent une connivence à l’intérieur de leur séparation même.
Le scénario prend donc une place essentielle, certes invisible, traçant des parcours constitutifs en passe de s’accomplir. La trame sous-jacente du récit s’organise dans une minutieuse disposition des paragraphes visuels. Pour quel but ? Retrouver une équivalence juste, entre la narration du parcours plastique et sa transcription cinématographique, au travers d’une « écriture », afin d’établir une correspondance toute baudelairienne entre deux types de productions visuelles.