chroniques vietnamiennes

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Revue du Spectateur



J'en retiens le fossé qui sépare deux civilisations, dont le film, loin d'en minimiser l'étendue au prétexte du libéralisme technologique, en fait plutôt un constat étonné. Comme le dit sans amertume le doyen de vos personnages, la pensée est encore bouddhiste au Vietnam malgré les influences occidentales, et on sent bien ce mur difficile à franchir pour tous ceux qui s'aventurent là, qu'ils soient militaires, réalisateurs ou exilés.
Je me répète souvent ironiquement à propos des occidentaux : "motivés mais pas concentrés". Il y a une vraie grammaire formelle dans la manière de construire le film, qui établit un référentiel très précis, presque froid, pour le regarder et l'entendre, je pense aux introductions avec Thi et son micro face aux intervenants, aux plans mains + lettre, aux commentaires serrés mais très individualisés...
Au delà de ton regard pertinent de cadreur, c'est cette concentration intense dans la manière de bâtir ton film qui vient "réparer" les incompréhensions d'un grand-père égaré par la République.
Bien plus que le pacifisme affirmé dans les mots, c'est la maîtrise des images qui font de toi un "oriental".

Frédéric de Ravignan


Je vous félicite car l'exercice n'était pas facile ; jongler entre 2 histoires personnelles aussi différentes, entre passé et présent, France et Vietnam ! Sans image d'archives animées de surcroît ! Et finalement vous avez réussi un joli film, très très bien filmé et monté (il y a plein de clin d'oeil dans le montage que j'aime beaucoup) et avec de jolis morceaux de vie. En plus, le rythme global me séduit beaucoup car il va juste à la bonne vitesse pour permettre au spectateur de réfléchir et de se perdre en même temps que vous…
Seule critique : votre film aurait dû s'arrêter, d'après moi, avec l'histoire des ouvriers, des blockhaus et de la croissance urbaine, parce que je trouve que la dernière partie sur l'agent orange arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Vu la gravité du sujet, c'est un peu dommage... Mais j'imagine que vous avez dû beaucoup en discuter déjà....

Benjamin Saglio