chroniques vietnamiennes

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Présentation du Film

Le 7 août 1950, André écrit à son père sa dernière lettre d’Indochine. En tant qu’officier du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, il a achevé ses 26 mois de service durant lesquels il a tenté d’écrire avec la plus grande régularité à son père. Dans ces lettres transparaissent un exil volontaire, un sentiment exalté par la distance et une condition humaine tragique. Il s’agit du parcours d’un homme de son temps. Elles racontent une partie de la guerre d’Indochine, un engagement, un regard sur la colonie et les colonisés.

Ces lettres parlent d’un temps lointain, oublié, où la France allait se battre à l’autre bout du monde pour un empire qui lui avait permis d’être à la table des vainqueurs en 1945. La guerre d’Indochine est recouverte par la guerre du Vietnam. Cette dernière est porteuse de modernité car américaine, hyper médiatisée, en couleurs, cinématographique, et musicalement ce sont les années pop.

Or l’homme qui écrit n’est autre que le grand-père de Guillaume Mazeline. Entre le présent de ce film et le temps de l’écriture de ces lettres, il n’y a que deux générations. Ce film parle de cette époque dont nous portons nécessairement traces en nous.

Leur intérêt a également été soulevé par Thi Bach. Vietnamienne de France, elle s’intéresse à cette correspondance puisqu’elle y découvre le parcours de vie d’un militaire français en Indochine, ainsi que ses impressions intimes sur ce pays et son peuple. Elle prend conscience d’une époque qui a fait de lui un résistant en France, puis un occupant au Vietnam, à partir de 1948. Ce cheminement, d’apparence paradoxale, est simplement l’héritage de l’éducation coloniale en vigueur dans l’Empire Français.

Thi fera office de passeur entre l’époque d’André et notre présent. En effet, de 1948 à 2005 il nous faut aborder 1975, année où Thi a quitté le Vietnam âgée de 15 ans, année de la victoire de la République du Nord-Vietnam, année de la réunification, et début d’exil pour des milliers de vietnamiens dont elle faisait partie. Elle nous fait part de son propre parcours, à la fois au Vietnam et en France, en retournant sur les lieux du passé, avec à l’esprit le parcours d’un autre homme, André.

André évoque souvent l’ennemi que l’on ne voit presque jamais, et en conséquence de quoi une certaine méfiance vis-à-vis du reste de la population s’installe. Son sentiment de supériorité empêche tout autre cheminement. En fin de compte si l’ennemi était clairement devant lui, il en avait également un autre en lui qui l’a amené à se construire un monde à son image.

La question de l’altérité est posée tout au long de ce documentaire. Guillaume Mazeline et Thi Bach tente de refaire le voyage extrême-oriental avec un regard débarrassé de toute conviction, de tout esprit de mission afin d’aller au plus près des gens, de faire des rencontres qui sont le cadre pour raconter et écouter des histoires. Ils sont en quête de visions plus diverses de l’Autre, tout en s’interrogeant sur l’imaginaire que les Français et les Vietnamiens se sont construits les uns à propos des autres.

Leur travail dessine un croisement de regards, français et vietnamiens, sur différentes époques. Le Vietnam colonial d’André, le Vietnam de l’enfance de Tuyet, le Vietnam contemporain co-existent dans ce film. Ils racontent des vies individuelles qui ont accompagné les soubresauts de la Grande Histoire entre la France et le Vietnam.